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Omara Portuondo : l'interview !
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Vous avez chanté dans différents styles musicaux, le son … Le son, le jazz, le cha cha cha, la rumba, toutes ces choses je les ai chantées. Je l'ai fait parce que je suis danseuse, parce que j'aime bien le folklore de mon pays. J'ai travaillé dans des endroits ou j'ai dansé quand j'étais très jeune. J'ai chanté avec un orchestre symphonique, a cappella avec une harpe en solo et ainsi successivement.
C'est une difficulté particulière de chanter de tout ? Non, c'est bien de faire tout, je pense que tout peut se faire et j'essaye de faire tout. La musique cubaine parait riche, a beaucoup de styles. A quoi vous attribuez cette richesse ? Je pense que c'est pareil dans tous les endroits du monde. A l'origine, les espagnols sont venus conquérir Cuba, puis ils ont importé des esclaves africains et ceux-ci ont emmené avec eux, leur folklore, leurs croyances religieuses ; il y a à Cuba des gens qui pratiquent la religion africaine et la religion catholique. De tous ces mélanges est issue la musique cubaine originale. Il y a aussi une musique française parce que nous sommes tout près de Haïti qui a été conquis par les Français mais quand Haïti se libéra, acheta sa liberté, beaucoup se trouvèrent à Cuba dans une région qui s'appelle Cienfuegos ; ils emmenèrent leur culture française et les Cubains ont ainsi commencé un mélange avec l'espagnol et l'africain. Il y a ainsi des musiciens qui ont subi l'influence de la musique française et nous avons fait des danses, des contredanses, ce qui se dansait dans les menuets que dansaient les Français. Il y a du menuet à l'origine dans ce que font les Cubains et qui s'appelle la danse et de la contredanse. Commencèrent à apparaître des orchestres comme l'orchestre Aragon qui utilise des violons, des flûtes, des pianos. Nous aurions besoin de plus de temps pour l'expliquer. La musique originale vient de Cuba mais avec de l'influence espagnole, africaine, française, haïtienne. Il y a une partie de Cuba, la partie orientale où émigrèrent les Haïtiens et nous en avons quelques uns de Hawaï aussi. C'est un mélange, c'est très difficile qu'il y ait un pays sans un mélange de races, de religions. Alors les natifs de Cuba ont subi cette influence outre la musique qui s'apprend dans les conservatoires d'où sortent la danse, la contredanse et le folklore. Dans le folklore, nous avons une région qui a ses chants africains, des descendants de là bas qui se sont perpétués et sont passés de générations en générations ; ces chants, ces ballets folkloriques sont ceux que faisaient les Africains, qu'ils ont apportés avec eux ce sont des choses africaines reconnues par les Cubains et la religion aussi. Après, pendant les années 20, commença à apparaître à Santiago une chose qui s'appelle le son et ainsi naît le boléro.
De toutes façons, à Cuba on commence par apprendre la musique classique, tous nos musiciens connaissent Wagner ; les compositeurs Cubains connaissent la danse, la contredanse, et nous commençons à jouer de la musique nord américaine, le jazz. Une partie du jazz, le jazz latino, arrive quand nous avons commencé à ajouter les percussions cubaines aux orchestres ; à Cuba on commence à utiliser ces instruments dans la décennie des années 40 et c'est alors qu'apparaît un groupe de jeunes qui est venu connaître notre culture, le boléro, le son, qui s'est agrégé aux orchestres de spectacles, aux jazz bands (parce qu'ils avaient des instruments comme des saxophones, des trompettes). De la vient le fait que nous avons une bonne connaissance de différentes musiques de différentes parties du monde. Vous connaissez Maurice Chevalier ? Il est venu à Cuba comme tant d'autres artistes. Et Joséphine Baker ? Vous savez qui c'est ? Elle est venue et a travaillé à Cuba et je l'ai rencontré sur scène alors que je chantais dans un quartet de voix féminines. Nous faisons de la musique lyrique à Cuba, c'est de la danse, de la zarzuela, (danse typique) qui vient d'Espagne mais on a commencé à faire à Cuba notre propre zarzuela. Tout cela je l'ai chanté. Alors comme partout, je pense que la musique n'a pas de frontières. La musique c'est un langage universel. J'ai l'impression qu'à Cuba, la musique se vit fort ? En effet, c'est très important la musique et c'est nécessaire pour l'être humain. Avec la musique on peut faire beaucoup de choses. Qu'est ce que vous gardez comme souvenir du groupe de Buena Vista Social Club ? Le danzon a un rapport avec la contredanse. Nous faisons du danzon parce que c'est la musique cubaine traditionnelle. Nous chantons du boléro, nous chantons de la guaracha, nous chantons le Chan chan de Compay secundo, c'est un son. Quand Compay secundo était enfant, son père travaillait dans les trains, alors quand il passait par son village près d'où était les trains, il remettait à son père le repas ; je ne sais si cela a eu quelque chose à voir, si cela a participé à cette chanson mais il me semble que cela a quelque chose à voir avec le son des trains. Je le pense, je ne l'ai jamais dit mais c'est ce qu'il me semble. Compay secundo vivait dans cette zone, la partie est de Cuba ou est né le son, presque tous les gens de là bas son ceux qui font le son et c'est passé ensuite dans les villes. Nous avons commencé à enregistrer le son comme une chose très importante de notre culture ; très agréable parce que c'est quelque chose qui se chante, qui se danse, c'est une très bonne chose pour nouer des amitiés, pour que les gens connaissent la musique cubaine. C'est ainsi qu'il fut connu ? Oui et non. Ce groupe, Buena Vista Social Club commença à réaliser son travail à Cuba, mais en plus nous allions dans les pays de l'est où nous avions des accords culturels. Parce que vous savez que l'Amérique nous fait un blocus mais avec l'Europe de l'est, il n'y avait aucun problème. Alors nous allions en Europe, un peu partout, en France, en Angleterre, en Allemagne, en Tchécoslovaquie, en Pologne, en Russie, nous faisions le même spectacle et nous avions beaucoup de succès. Mais nous n'arrivions pas à être connus internationalement parce que nous étions près de l'Amérique du nord mais nous n'avions pas été là bas du fait qu'on nous ne donnait pas de visa pour y aller, ils ne nous faisaient pas de contrat. Mais un jour il y a eu un travail d'enregistrement qui s'est fait à Cuba dans une église. …Ry Cooder, un nord américain était producteur ; il tient une marque de disques anglaise qui s'appelle « musique du monde ». Vous savez qu'il y a une marque qui s'appelle musique du monde. Ces gens connaissaient ce type de musique, connaissaient Eliades Ochoa ; ils l'ont appelé pour travailler avec ce groupe de Buena Vista Social Club et ils ont appelé Ibrahim Ferrer, qui ne chantait plus, qui était retiré. Il ne voulait plus travailler mais ils l'ont persuadé et moi aussi ils m'ont emmené la dernière. Je voyageais avec eux dans tous ces endroits mais je travaillais aussi comme soliste et j'avais ma carrière. J'allais avec eux et j'allais seule aussi jusque dans les pays nordiques et dans tous ces endroits où les gens ne savent pas que vous existez ;
Une fois entré en Amérique du nord , ils ont un grand espace de promotion, le Grammy ; après nous avons commencé à travailler assez en Amérique du nord, à la télévision dans tout ce type de chose parce que nous avions tous enregistré des disques à Cuba. Cela a été une bonne opportunité pour tout le monde parce que la musique doit entrer dans tous les endroits du monde pour qu'elle vous améliore et que vous en profitiez. Et ici en France, le film a fait beaucoup pour faire connaître le groupe ? En plus de la promotion du disque, le Grammy, il y a eu la promotion du film. Alors Wim Wenders qui est un allemand très connu et qui a parlé à Ry Cooder de cela et il a fait un film comme moyen de promotion qui a été un succès. Avec cela tout le monde nous a connu. Et le son a été connu dans le monde entier ? Le son existait déjà, il était connu et se dansait dans tous les coins de Cuba. En Amérique latine, ils connaissent tous cela surtout en Colombie, ce sont des pays qui aiment beaucoup la musique cubaine. Au Venezuela, il y a le cas de Oscar de Leon. Et alors ce sont les Etats-Unis qui ne nous connaissaient pas parce qu'ils ne nous laissaient pas passer. Une fois qu'on a réussi, qu'on a fait le disque, Buena Vista Social Club : on l'appelle comme cela parce qu'il y a une danse que joue Ruben Gonzalez, un excellent musicien, un musicien d'académie, de grandes études. Il voyageait au Japon par exemple qui était un pays où nous allions toujours. Il y a eu un orchestre cubain au Japon qui jouait seulement de la musique cubaine, j'y ai été plusieurs fois, Ruben y a été, nous y avons tous été mais pas comme Buena Vista. Ils nous invitaient à jouer avec eux et nous faisions des concerts ensemble. Et la même chose s'est passé au Mexique et là bas, ils connaissent tous notre musique. Il y a des salons spéciaux où l'on danse le cha cha cha, le danzon, etc. En Amérique latine notre musique est très présente depuis toujours. Et comment vous paraît le public français ? Magnifique : à partir du Buena Vista Social Club, la musique cubaine a commencé à rentrer plus. Ici en France sont venus des chanteurs qui ont eu des contrats depuis Cuba, l'un s'appelait Oscar Lopez qui est déjà mort et beaucoup d'autres qui sont venus Cuba pour donner des concerts. Vous connaissez la chanson française, Joséphine Baker ? Ce chanteur qui n'est pas français mais qui…Comment s'appelle ce chanteur qui a 83 ans ? Charles Aznavour. A Cuba on les connaît parfaitement comme tous les musiciens du monde entier. Les musiciens du Mexique comme Pedro Vargas, Augustin Lara. Toutes ces personnes allaient à Cuba. De la France venaient Edith Piaf, Maurice Chevalier. Parce que bien que nous soyons un pays de 11 millions d'habitants, un petit pays, nous avons une connaissance de la musique du monde entier, nous connaissons les opéras parce que nous avons des orchestres symphoniques ; nous avons des grands choristes et l'un d'eux a été en Italie dans un lieu de choristes. Vous avez chanté avec Charles Aznavour ? Je le souhaite beaucoup, je sais qu'il a déjà 80 et quelques années, il a été enregistré à Cuba il y a 3 ans avec un pianiste connu qui a gagné une nouvelle fois le Grammy nord américain. Et nous avons gagné le Grammy latino car il existe un premier prix qui s'appelle le Grammy latino. J'ai oublié de vous commenter une personne que je connais depuis toute petite par le cinéma. « Les parapluies de Cherbourg », Michel Legrand. J'aurais voulu chanter avec lui mais nous n'avons pas pu, nous n'avons pas eu de rendez vous. Nous avons été ici en même temps mais je n'ai pas pu. C'est un film que j'ai vu 7 fois. Et il a été à Cuba pour enregistrer ? Charles Aznavour, oui, il a été invité à Cuba, pour un festival de musique international dans une plage très belle qui s'appelle Varadero. Dans un espace très grand, ils présentent tous les ans des artistes internationaux. Des musiciens viennent du Brésil …. Cuba a beaucoup de semences dans sa musique et dans son tempérament. Ils ont un tempérament égal au nôtre parce que les Portugais importèrent des esclaves du même endroit d'Afrique que ceux qui ont été emmenés à Cuba. C'est ainsi que nous avons les mêmes dieux, la même religion catholique, un même tempérament, toutes ces choses. Nous avions depuis longtemps un ballet classique qui s'appelait ballet d'Alicia Alonso qui je crois est originaire de Russie. Cette dame qui s'appelle Alicia Alonso est la meilleure danseuse de ballet à Cuba et dirige maintenant le travail parce qu'elle a quelque chose comme 80 ans. Elle voyage dans le monde entier, Paris, Amérique du nord…La musique populaire, la musique classique, la musique qui vient d'Afrique, notre musique est pétrie de toutes ces origines. La musique cubaine va pouvoir garder son identité ? Si il ne se passe rien parce ce sont précisément ceux de nos musiciens qui ont été en Amérique du nord pour apprendre qui savent ce qu'est la musique cubaine. Ils ont emmené de Cuba leurs percussions pour les incorporer dans leur jazz band et de la vient ce qu'on appelle le jazz latino. Et nous avons d'excellents musiciens pour faire ce jazz. Nous sommes un pays avec des jeunes enfants qui font de la musique. Dans la culture, dans la musique, nous avons depuis longtemps des orchestres symphoniques, des festivals de musique contemporaine de cha cha cha, de son, de boléro. Nous invitons beaucoup d'artistes surtout nord-américains et nous maintenons une culture musicale assez actualisée. Nous avons des danses classiques, folkloriques, nous avons des danses qui sont plus nationales, le cha cha cha, et celles qui sont plus à base de percussions comme la rumba qui naît par le folklore des esclaves et qui se sont ajoutés à d'autres instruments mais après nous avons nos propres rythmes qui se font avec les rythmes africains. Cela me parait très intéressant. Nous avons des choristes lyriques, des compagnies entières qui chantent du lyrique. Nous avons des carnavals comme au Brésil. C'est une tradition le carnaval tous les ans. Santiago a son carnaval, La Havane, Cienfuegos ont leurs carnavals mais à des dates distinctes. C'est quelque chose de très populaire, et vous pouvez danser dans la carnaval parce que c'est très facile et très rythmique. C'est une fête pour l'être humain. Il y a Cuba il y a une manière très spéciale de vivre la musique ? Mais vous aussi avez vos propres rythmes, votre propre manière de vivre la musique surtout la musique classique. L'hymne à l'amour, vous savez qu'est ce que c'est ? (elle fredonne l'air de la vie en rose d'Edith Piaf). Je ne connais pas les paroles mais presque toujours à la fin du spectacle, tout le monde doit la chanter avec moi. Il y a beaucoup de musiciens comme Oscar Lopez, ; nous avons une pianiste cubaine que personne ne connaît mais excellentissime, elle va de la musique cubaine à la musique classique. Avec la musique, on peut faire beaucoup de choses, aller plus loin que l'amour, profiter de la vie.
Du groupe Buena Vista social club, il en reste encore quelques uns qui continuent à faire le même répertoire cubain. Parfois ils m'invitent quand j'ai du temps libre, comme j'ai mon groupe, Harold et les autres. J'ai fait un disque qui a déjà deux ans dont le directeur est brésilien. Dans ce disque je chante avec ma fille et ma petite fille de 8 ans, une chanson qui est connue dans le monde entier qui s'appelle « Cachita » c'est une petite rumba. C'est très populaire. La musique n'a pas de frontières. Dans ce disque, je remercie toutes les personnes qui ont collaboré à ce succès. Le jazz c'est maintenant la musique qui m'intéresse beaucoup mais en Amérique latine, il y a beaucoup de richesse rythmique. Le jazz est votre genre préféré ? J'aime aussi mais le son m'enchante, me fascine, j'aime bien aussi le boléro mais je danse jusqu'à la rumba avec rien d'autre que des percussions, j'ai chanté a capella avec des percussions. J'ai eu de la chance et je remercie tout le monde, public de partout, journalistes, tous ceux qui ont aidé mon travail. Vous enregistrez vos disques en dehors ou à La Havane ? A Cuba, le Buena Vista Social Club aussi enregistre à La Havane. Là bas nous avons peu de studios et bien sûr économiquement nous n'avons pas les moyens…Maintenant je ne sais pas qui a les possibilités économiques parce que le monde va mal. De toute manière, la musique existera toujours. Au Mexique aussi ils ont fait des boléros parce que nous sommes très près. La région sud-ouest de Cuba est relativement proche de Cancun et la zone de Veracruz qui est plus élevée est encore plus près de Cuba. La musique n'a pas de frontières. Et en Amérique du nord, bien que nous ne pouvions pas y aller, nous la connaissions par les enregistrements et parfois par les musiciens cubains qui allaient apprendre là bas, des musiciens connus excellents, comme Nat King Cole. Ils faisaient leur présentation au Tropicana et enregistraient. Nat King Cole a enregistré à Cuba : « A chaque fois que je te demande quand, comment et où, tu me réponds, peut-être, peut-être, peut-être ». Il l'a enregistré dans nos studios qui sont tout petits. Il a été au Tropicana pour chanter cela et a aussi enregistré. C'est comme quand je suis en France, s'ils me disent d'enregistrer, j'enregistre ici ou là bas et je le fais toujours avec beaucoup de plaisir. Quand le jazz est entré à Cuba, je chantais déjà des chansons en anglais et ils m'invitaient dans des festivals. Il y a des musiciens qui se sont spécialisés dans le jazz mais vous ne vous êtes pas spécialisée ? Ma spécialité c'est de vivre, de chanter et que les gens soient heureux. Pourquoi s'en faire avec les soucis parce qu'on en retrouvera toujours en chemin. Nous allons cette année à aller en Amérique du nord, nous allons voir si nous pourrons continuer et s'ils lèvent le blocus. Cela fait de longues années qu'il nous manque de la nourriture, de la médecine qui manque aussi dans le monde. Mais à Haïti il manque de tout, il manque des maisons. Je ne sais pas quelle quantité de médecins cubains sont en train de coopérer, 900 je crois, c'est ce que nous pouvons donner. S'ils font un concert et qu'ils m'invitent, j'y vais chanter. |
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